Lointain souvenir de la peau de Russell Banks

Ce n’est pas le livre le plus simple que j’ai eu à résumer, j’ai même dû, refaire ma copie plus d’une fois. Avant toute chose, je vous signifie ma passion pour Russell Banks, que je place dans mon Panthéon des auteurs américains contemporains. Ceci étant dit, sI vous n’avez jamais lu cet auteur : Ne Commencez surtout Pas, par celui-ci !! Le roman est formidable mais le sujet abordé peut faire peur et pour une première fois, il est préférable d’aller vers une valeur sûre (voir liste des livres en fin d’article). Je vous avoue, que j’ai laissé trainer ce livre, dans ma bibliothèque 9 ans. Chaque fois, que je le ressortais de son antre, je le rangeais immédiatement, tant je n’étais pas prête.

Même si « Lointain souvenir de la peau » renoue avec les sujets de prédilection de Banks : l’adolescence, les laissés-pour-compte et l’Amérique en perte de repères et qu’il donne, à nouveau, la voix aux exclus, aux accidentés de la vie, ici Banks prend un énorme risque : son personnage principal est un jeune condamné pour délinquance sexuelle. C’est peu dire que la tâche est délicate, pour un romancier de nous faire vivre pendant 520 pages avec un tel personnage ! Mais Banks est un génie et dès les premières pages, son talent d’écriture, m’a embarquée sous ce viaduc, dans cette histoire, à cotés de ses hommes, auprès de Kid et de son iguane, Iggy. Kid est la beauté de ce roman, alors ne le jugez pas trop vite ET ne le condamnez pas, avant que Banks vous raconte son histoire. C’est avant tout l’histoire d’un gamin seul, seul à faire pleurer, livré à lui-même… Condamné à vivre sous un pont. et par le biais d’une rencontre avec un professeur universitaire, il va s’ouvrir lentement et espérer retrouver un peu de d’humanité, d’espoir, peut être …

Russell écrit un brûlot sur les dérives de la société américaine et sur son système judiciaire. Il dresse un constat sans appel, sur nos sociétés rivées aux écrans, noyées dans le virtuel et ses mensonges, qui engendrent solitude et parfois des déviances.

Livre ambitieux, dérangeant, qui interroge et interpelle, et qui bouleverse sur l’irréversibilité de la vie pour certains d’entre nous. Le petit moins : l’intrigue autour du professeur n’a pas beaucoup d’intérêt, mais toujours voir le sous-texte avec RB !

Bref je recommande ce livre sans modération aux lecteurs de Russell Banks, aux débutants, je vous recommande les yeux fermés : « Affliction », « American Darling », »Sous le règne de Bone »et « De beaux lendemains »

Babel. 520 pages